Un blog sur l’éducation ne peut éviter les débats de société du moment… La violence scolaire fait partie de ces sujets brûlants qui envahissent périodiquement notre lucarne médiatique.
Injustice et discrimination
Cette violence sociale,
qu’on ne peut occulter, est souvent liée à un profond
sentiment d’injustice, lui-même souvent issu
d’une réelle discrimination. L’école
doit donc tout faire pour réconcilier les jeunes qui pourraient se
sentir exclus ou incompris avec la société. L’un des moyens
d’échapper à cette fatalité de la violence sociale est sans
doute d’acquérir les savoirs nécessaires à la bonne
compréhension de cette société, dont certains peuvent paraître
anodins. Ainsi, comment effectuer une recherche d’emploi sur
la France entière par exemple si on ne maîtrise pas la connaissance
de ses capitales régionales ? L’ignorance peut donc
engendrer de la violence, dans le sens où on peut se sentir
discriminé à tort quand on ne maîtrise tout simplement pas tous les
ressorts possibles de la vie. L’école est donc un lieu où
l’on peut capitaliser de la liberté pour son
futur. Or il se trouve que cette école peut être également un lieu
de discrimination : elle y est souvent plus
douloureuse qu’ailleurs… Les jeunes entre eux, tout
d’abord, « ne se font pas de cadeaux ». Ils passent
vite de la critique de potache à d’infâmes injures. De plus,
l’humiliation quotidienne par l’attribution de surnoms
peu flatteurs est devenue la règle. Mais l’aspect le plus
inquiétant réside dans le regard, tout aussi discriminant, que
portent certains « profs » sur leurs élèves. « Pas
la peine de lever la main, tu n’es pas assez
intelligent pour répondre !» : ceci n’est
qu’un exemple parmi tant d’autres du type de remarques
que les jeunes nous rapportent de leur passé scolaire. Ces jeunes
garderont à vie, pour certains, cette empreinte négative,
cette blessure profonde. Ils trouveront différents
moyens pour se protéger de nouvelles attaques de ce type :
la constitution d'une carapace, ou au contraire la
provocation.
Quelles images d’eux-mêmes, du système scolaire et de
la société en
déduisent-ils ?
Réconciliation
L’urgence est donc souvent de réconcilier ces jeunes avec
eux-mêmes tout d’abord, en posant sur eux un regard
bienveillant qui, le plus souvent, suffit à apaiser cette
colère intérieure. Les stages en MFR ont ici un
rôle essentiel puisqu’ils permettent à des jeunes de se
réconcilier d’un coup avec leur propre image (ils
redeviennent « capables de »), avec les adultes (leurs
maîtres de stage) et avec la société (ils découvrent un métier qui
pourrait être leur clé d’entrée dans cette société).
L’école n’est donc plus un sanctuaire, on peut le
regretter, mais d’un autre côté c’est l’école de
la vie !
L’autorité, une marque
d’intérêt
Le rapport à l’autorité lui aussi a
changé. On a sans doute été trop loin dans l’explication et
la négociation de la sanction. Même si elles sont parfois utiles,
il est important que les jeunes, sentent que l’autorité
n’est pas négociable. Nous sommes nombreux à mesurer au
quotidien combien les jeunes, paradoxalement, recherchent le
conflit dans le seul but de rencontrer cette autorité qui
les rassure. L’autoritarisme « bête et
méchant » de celui qui ne fait qu’exercer son pouvoir
existe malheureusement. Mais l’autorité exercée avec respect
est reçue par le jeune comme une preuve d’intérêt pour lui,
voire même une preuve d’amour. Par exemple, un jeune
« collé » a dit à sa formatrice : « c’est
super, jamais on ne se serait jamais occupé de moi comme ça au
collège !». Ainsi, les actes violents peuvent être parfois des
appels au secours qu’il faut savoir déceler : actes
violents envers les autres ou envers soi même. Toutefois, une trop
grande proximité peut vite devenir contre productive en terme
d’éducation. L’écoute est importante, certes, mais
j’assiste parfois à des dérives lors d’entretiens
durant lesquels des éducateurs spécialisés laissent des jeunes leur
manquer de respect sans sourciller.
Responsabilités
Au final, les jeunes réellement violents et dangereux sont donc extrêmement rares, et ceux- là, effectivement, relèvent d’un déséquilibre mental grave ou ont basculé par choix du côté obscur… Il ne s’agit donc pas de trouver des excuses à cette violence mais que chacun prenne ses responsabilités pour la combattre. Les jeunes doivent ainsi apprendre à assumer leurs actes, sans se trouver d’excuses, de la simple « colle » au passage devant la justice. Pour les éducateurs, exercer une autorité quelconque demande d’être exigeant tout d’abord envers soi-même. En effet, l’exemplarité est le gage de la confiance des jeunes dans les décisions qui seront prises pour eux par cette autorité.
Perception de la violence
La violence physique (passage à l’acte qui porte atteinte à
l’intégrité du corps) est donc heureusement encore rare. On
est loin par exemple de ce qui se passe aux Etats-Unis. Par contre,
on peut constater qu’elle n’épargne plus les campagnes,
ce qui peut paraître inquiétant. Mais n’exagérons rien !
Nous sommes loin de ces périodes éloignées de notre Histoire
pendant lesquelles on brûlait les sorcières et on écartelait
volontiers en place publique... Les pressions médiatiques (parfois
elles-mêmes manipulées par des enjeux politiques…) jouent
donc beaucoup sur notre perception de la violence
actuelle.
La pédagogie pour lutter contre la violence
Certains en profitent donc pour montrer du doigt cette école qui ne
ferait plus son travail et affichent ouvertement leurs
nostalgies… Ils dénoncent notamment les
« pédagogues » au moment même où nous manquons peut-être
d’un peu de pédagogie. Là encore restons lucides, nous ne
sommes plus à l’heure du plein emploi, la mondialisation est
passée par là, et les jeunes ont évolué avec leur
société. Prenons les tels qu’ils sont avec leurs
forces, leurs faiblesses et leurs doutes. Donnons les moyens à
toute personne intervenant auprès des jeunes (du cuisinier aux
formateurs en passant par la surveillante de nuit, sans oublier la
secrétaire) de se former pour ne pas tomber dans les pièges tendus
par certains jeunes qui souhaitent, c’est vrai, mettre le feu
aux poudres. En dehors de l’expérience qui est une aide
indéniable, des outils pédagogiques très simples existent qui
permettent de désamorcer cette chaîne du conflit que, finalement,
nous portons tous en nous...
Christophe Bernard - http://christophebernard.eklablog.com